Carême et Fastenzeit
En allemand, la période comprise entre le Mercredi des Cendres et la fête de Pâques, s’appelle « Fastenzeit », littéralement « la période de jeûne ».
En français, la dénomination de ce temps liturgique, est moins transparente.
Le mot est attesté au début du XIIe siècle, sous la forme « quaresme », ← une altération du latin populaire quaresima, ← lui-même dérivé du latin chrétien quadragesima (sous-entendu « dies » : jour), c’est-à-dire « le quarantième jour » (avant Pâques).
« Le meilleur auxiliaire d’un diplomate, c’est son cuisinier. »
(Talleyrand 1754 – 1838)
Le nom de famille Carême est à l’origine d’un sobriquet désignant une personne qui observait strictement le jeûne du Carême.
Cette austérité n’était (probablement) pas la caractéristique essentielle du plus illustre porteur de ce nom, le cuisinier et pâtissier Antonin Carême (1783-1833), inventeur de la fameuse « toque ».
« Le roi des chefs et le chef des rois »
Antonin Carême a été au service des plus grands personnages de son époque. Parmi eux, le diplomate Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord. Lors du Congrès de Vienne (1814-1815), Talleyrand est bien conscient que la France, vaincue, n’est pas en situation de s’imposer dans les négociations. Mais il connaît le pouvoir de la bonne chère ! Il va utiliser les talents d’Antonin Carême pour mener une « diplomatie culinaire », en séduisant les plénipotentiaires par des des banquets somptueux.
Installé au Palais Kaunitz, Talleyrand tient une table fastueuse, considérée comme la meilleure de Vienne, et ses salons voient défiler des personnages illustres. Autour des mets raffinés et des vins exquis, l’ambiance devient plus conviviale, plus détendue, des contacts se nouent…
La création du diplomate
Talleyrand demande à son chef-cuisinier de créer un plat qui pourrait convenir à tous, ambassadeurs, princes et ministres de différentes nationalités, et qui puisse se déguster à toute heure de la journée : Antonin Carême imagine un dessert froid, composé de tranches de brioche ou de génoise, imbibées de Grand Marnier (ou de Kirsch), alternées avec des couches de crème pâtissière aux fruits confits. Le gâteau est recouvert de crème Chantilly et – cerise sur le gâteau – décoré d’un bigarreau confit. Ce dessert qui rallie tous les suffrages est baptisé le diplomate !
Nous voilà bien loin des recommandations de jeûne et d’abstinence pour la période de Carême !