Le MOT du JOUR
1- il caracole en tête des sondages
2- un partenariat européen qui a déraillé
3- leurre et miroir aux alouettes : des attrape-nigauds
4- le loup (chinois) dans la bergerie (française)
5- et si les « froggies » étaient les Anglais ?
6- oeil pour oeil, dent pour dent
7- détricoter ou déficeler ?
8- l’infarctus et la farce
9- la lanterne rouge
10- mise en bière d’une bière belge
caracoler
« Présidentielle 2027 – Selon un sondage Ifop Fiducial, publié ce lundi 29 septembre, (…) le Rassemblement national, qu’il soit qu’il soit représenté par Marine Le Pen ou Jordan Bardella, caracole en tête des intentions de vote avec 33 à 35% des voix, au premier tour. Au sein de la macronie, seul Édouard Philippe parvient à atteindre 19% d’intentions de vote, dans l’hypothèse où Olivier Faure est le candidat du Parti socialiste » et 16% si c’est Raphaël Glucksmann. (article)
Caracoler en tête, c’est se trouver dans une position dominante, avoir une large avance sur ses concurrents, soit, en allemand : unangefochten an der Spitze liegen.
L’emploi de ce verbe pour désigner l’avance importante d’un candidat ou d’une liste qui a réussi à semer ses poursuivants dans la course à l’élection est, à première vue, assez paradoxal : en effet, en ancien français, la caracole est un escargot.
D’ailleurs, le mot est toujours utilisé en Belgique. (1) En espagnol, c’est aussi le nom de ce gastéropode plus réputé pour sa lenteur que pour sa rapidité ! (2)
Pourtant, « caracoler en tête » vient bel et bien de l’escargot et se réfère, non pas à sa vitesse de progression, mais à la forme en spirale de sa coquille qui a inspiré les exercices équestres virevoltants qui portent son nom : la « caracole » ou « caracolade » est un enchaînement de tours ou « voltes » ou de demi-tours ou « demi-voltes » à droite et à gauche (3) exécuté par un cheval.
L’allemand a emprunté ces termes au français : « Volte » et « Halbvolte » – tout comme « Pas de deux », « Piaffe », « Passage », « Pirouette », « Levade », « Courbette » ou « Cabriole » – sont employés pour décrire les figures équestres.
En effet, les méthodes de dressage employées par la célèbre « Spanische Hofreitschule » de Vienne sont fondées depuis le XVIIIe siècle sur les écrits de l’écuyer français François Robichon de la Guérinière, « l’École de Cavalerie », ouvrage publié à Paris en 1729-1730.
C’est donc de ces exercices de dressage – et indirectement de l’escargot – que vient le sens figuré du verbe « caracoler », c’est-à-dire évoluer avec facilité et vivacité.
Pour être au courant ![]()
1- A Perpignan, dans le Roussillon, l’escargot est appelé « cargole ». Dans la région de Montpellier et en Camargue, c’est une « cagarolette ». En Provence, c’est un « cacalau » (prononcé « cacalaou ») ou « cacalaus ».
2- La lenteur de l’escargot a donné naissance à deux expressions similaires, en français et en allemand : « avancer comme un escargot / im Schneckentempo gehen » signifie progresser très lentement.
C’est de là que vient « l’opération escargot » (Protestaktion Schneckentempo), une forme de manifestation revendicative qui consiste à provoquer un ralentissement de la circulation.
L’espagnol (a paso de tortuga), le portugais (a passo de cágado) et l’italien (come una tartaruga) établissent plutôt une comparaison avec la lenteur de la tortue.
3- Les voltes et demi-voltes équestres s’effectuent aussi bien dans le sens des aiguilles d’une montre (vers la droite) qu’en sens contraire (vers la gauche). Cependant, les escargots « gauchers », appelés scientifiquement « senestres », c’est-à-dire dont la coquille s’enroule vers la gauche, sont des exceptions rarissimes !
Un partenariat européen qui a déraillé
« Inaugurés en grande pompe il y a deux ans, les trains de nuit Paris Vienne et Paris Berlin seront supprimés à la fin de l’année. La rumeur courait depuis quelques jours et suscitait la crainte des associations de défense du rail. C’est (maintenant) officiel : faute de financement de la France, les chemins de fer autrichiens ÖBB qui exploitent les Nightjet en partenariat avec la SNCF et la Deutsche Bahn annoncent leur mise à l’arrêt à partir du 14 décembre. » (article)
Le rail se définit comme « chacun des deux profilés d’acier laminé qui, fixés sur des traverses en deux lignes parallèles, constituent le chemin de roulement des trains et des tramways en particulier » (CNRTL) Par métonymie (2), le mot désigne le transport par voie ferrée, par chemin de fer.
Mais quelle est l’origine du mot « rail » [ ʀaj ] ? Il a été emprunté au XVIIIe siècle à l’anglais « rail » [ reɪl ], dérivé de l’ancien français « reille » (barre de porte, barrière) qui vient lui-même du latin « regula » (règle, barre).
L’étymologie du mot rappelle que les précurseurs des voies ferrées, les premiers rails, n’étaient pas en métal. Les wagonnets utilisés dans les mines dès le début du XVIe siècle pour transporter le charbon, les minerais, le sel gemme, etc. circulaient sur de longues de barres de bois. Creusées dans le sens de la longueur – donc avec des rainures longitudinales – ces barres guidaient les roues des chariots hippomobiles ou tirés par des hommes.
En français, il n’était donc pas encore question de « chemin de fer » ou de « voie ferrée », mais de « chemin guidé » ou de « voie charretière ».
Avec le temps, on a renforcé la gorge des barres de bois avec du métal pour les rendre plus résistantes à l’usure. (3)
Rail et tram – Le terme « tramway », emprunté à l’anglais vers 1870, rappelle lui aussi cet emploi initial de barres de bois pour guider les chariots et wagonnets.
Mot d’origine germano-nordique, « tram » signifie en effet – « barre, brancard de brouette, poutre » en moyen flamand ; – « drom » signifie « poutre » en moyen néerlandais ; – en allemand, Tram désigne aussi une grosse poutre (Dachbalken).
La liaison Vienne-Paris par le rail est devenue quotidienne en 1885, et c’est cette année-là qu’a été lancée la circulation du célèbre Orient-Express sur cette ligne qui se poursuit jusqu’à Venise. 140 ans plus tard, il est toujours en service. Le « nightjet » Paris-Vienne, lui, n’aura relié les deux capitales que pendant deux ans.
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1- Le verbe dérailler est polysémique, il a plusieurs significations : – au sens propre : (wagons, trains) entgleisen ; (chaîne de vélo) abspringen – au sens figuré : nicht mehr richtig ticken, spinnen, Unsinn reden.
2- La métonymie est une figure de style qui consiste à utiliser un mot ou un concept pour désigner une idée différente, mais qui reste cependant associée au concept de départ. Exemples : on dit « le rail » pour évoquer les transports par voie ferrée, « croiser le fer » pour se battre à l’épée, avoir « un Picasso » pour posséder une œuvre de ce peintre, « l’Élysée » pour le président de la République française, « boire un Bordeaux » pour consommer un verre de vin de cette région…
3- Bois, fonte, fer, acier… Les premiers rails en fonte ont fait leur apparition vers 1750. Ils sont en fer laminé au début du XIXe siècle. Les rails en acier se généralisent à la fin du XIXe siècle.
leurre et miroir aux alouettes : attrape-nigauds
« L’objectivité de l’intelligence artificielle est un leurre ». Après avoir soulagé l’humanité – ou du moins une partie – de l’effort physique, la technologie va-t-elle nous soulager de l’effort intellectuel ? C’est du moins ce que propose depuis quelques années (…) l’intelligence artificielle générative. Pourtant, il n’est pas sûr que cela soit une bonne chose. C’est ce qu’explique la philosophe Camille Dejardin, dans (…) « À quoi bon encore apprendre ? », une réflexion stimulante sur ce que nous apporte l’apprentissage. (article)
L’intelligence artificielle ne serait-elle qu’un leurre, un miroir aux alouettes ? Une technologie séduisante qui va se révéler être un piège ?
A l’origine, c’est-à-dire au début du XIIIe siècle, le mot « leurre » est cantonné au domaine de la fauconnerie, où il désigne un « morceau de cuir rouge en forme d’oiseau, garni de plumes, servant à faire revenir l’oiseau sur le poing du fauconnier» (CNRTL ).
C’est donc un appât artificiel, destiné à tromper le rapace utilisé pour la chasse. Le « pigeon » de l’histoire, c’est, en fin de compte, le faucon pèlerin, l’épervier, la buse, l’autour ou l’aigle que l’on « appâte » avec une attrape, tout comme les alouettes qu’on attire avec des miroirs scintillant au soleil, et qui se prennent dans les filets des chasseurs.
C’est bien plus tard que « leurre » (au XVIIe siècle) et « miroir aux alouettes » (au XIXe) acquièrent un sens figuré plus général et négativement connoté : « un artifice dont l’apparence séduisante est destinée à tromper ».
Leurre vient de l’ancien bas francique lôþr (appât) qui a donné en ancien moyen haut allemand luoder (même sens) et en allemand moderne Luder. Dans le jargon des chasseurs, Luder possédait la même signification originelle que son équivalent français : une attrape pour faire revenir l’oiseau de proie. Puis le mot a pris un sens plus dévalorisant : c’est, encore aujourd’hui dans le langage des chasseurs, un synonyme de cadavre ou charogne (1).
En allemand moderne – depuis la fin du XXe siècle – Luder désigne plus couramment une garce (2) – ce qu’on appelait autrefois « une femme de mauvaise vie », « ein liederliches (3) Frauenzimmer ».
On en répertorie de nos jours plusieurs variantes : Partyluder (Partygirl), Boxenluder (grid girl, qui fréquente les circuits de Formule 1), Promiluder… Ces jeunes (en effet, le mot ne s’applique jamais aux vieilles dames…) personnes ont la réputation de jouer de leurs appas pour séduire – de préférence – des hommes riches et célèbres.
Comment est-on passé de l’appât et de la charogne à la garce, la débauchée ? Les lexicologues germanophones n’ont pas trouvé la raison de ce glissement de sens. En français, tout s’explique ! Les mots appât et appas ont la même origine étymologique : ils viennent tous les deux du verbe appâter (attirer par de la nourriture… qui n’est pas forcément de la pâtée), lui-même dérivé du latin pascere (nourrir) (4).
Le leurre et das Luder sont destinés à attirer par une apparence séduisante qui se révèle souvent trompeuse, voire fatale. C’est : – d’un côté, un morceau de cuir garni de plumes, ou un ver frétillant sur un hameçon ; – de l’autre, une jeune personne au physique attirant.
Ce leurre ou miroir aux alouettes a aussi pour synonyme « attrape-nigauds » = Bauernfängerei ; littéralement : « Einfaltspinselfalle » !
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1- On retrouve le sens ancien de Luder dans le mot Luderplatz – Les protecteurs de la nature aménagent aujourd’hui ce qu’on appelle des « Luderplätze » pour attirer les animaux sauvages carnivores – à poils et à plumes – afin de les observer et / ou de les nourrir.
2– Le mot « garce », féminin de garçon, a d’abord désigné une adolescente, puis une femme de mauvaise vie et une fille ou femme méchante ou désagréable.
3- Liederlich n’a rien à voir avec le mot Lied (chant) ! L’adjectif est synonyme de débauché. Il a une étymologie commune avec les verbes « lottern », « schlottern ». Ainsi, « ein Lotterleben », c’est une vie dissolue.
4- Parmi les mots dérivés du verbe latin pascere, qui a donné past (nourriture) en ancien français, on compte aussi « paître », « pâturage », « pâtée », « pâtre et pasteur ».
faire entrer le loup dans la bergerie
« L’arrivée de magasins Shein en France, c’est le loup dans la bergerie. Le BHV à Paris et cinq magasins Galeries Lafayette en région vont accueillir les tout premiers magasins physiques du géant chinois de l’ultra fast-fashion (1). La nouvelle soulève une vague d’indignation dans le secteur. »
Shein est critiqué pour son mode de production et de commercialisation qui « ne respecte pas les normes européennes. Cela crée donc une situation de concurrence déloyale vis-à-vis des commerces de proximité », dénonce – le député (LR) de la Loire, Antoine Vermorel-Marques, qui avait déposé une proposition de loi pour combattre l’ultra fast-fashion. » (article)
Employée très tôt au sens propre, à savoir laisser s’introduire un prédateur comme le loup dans l’abri des moutons les met en danger de mort, la locution a pris un sens métaphorique au XVIIe siècle :
♦ dans le domaine médical, « enfermer le loup dans la bergerie » signifie à cette époque « laisser refermer une plaie sans l’avoir fait suppurer pour « empêcher qu’il ne s’y forme un sac (c’est-à-dire une poche de pus – donc un abcès) qui obligerait à la r’ouvrir » (Dictionnaire universel de Furetière, édition de 1690) (2) ;
♦ dans le domaine religieux : l’expression apparaît dans la traduction d’une bulle du pape Innocent VII de 1680, on trouve la recommandation suivante « Afin que l’on se précautionne sagement et de bonne heure à ne pas mettre le loup dans la bergerie et ne pas exposer la congrégation à quelque scandale. »
La métaphore est d’autant plus pertinente que, dans l’Eglise catholique, si le loup représente le Mal, les fidèles sont, eux, qualifiés de « brebis » ou d’ouailles (3), protégées par Jésus, « le Bon Pasteur ».
Au début du XVIIIe siècle, la locution prend une signification plus générale et s’utilise comme mise en garde : il est dangereux de laisser s’introduire quelqu’un dans un lieu où il peut faire beaucoup de mal, surtout s’il s’y trouve des êtres vulnérables.
Cet intrus nuisible et rusé, ainsi que l’espèce menacée, varie selon les langues, mais le sens reste le même :
– En italien (fare il lupo pecoraio) comme en portugais (pôr o lobo a guardar o rebanho), on retrouve la menace du loup qui s’introduit dans la bergerie et met en danger le troupeau.
– En espagnol, on dit : poner al zorro a cuidar de las gallinas = confier la garde des poules au renard.
– En allemand, on trouve une expression similaire : Den Fuchs den Hühnerstall bewachen lassen : charger le renard de garder le poulailler ne peut que provoquer une catastrophe.
– Les anglophones ont le choix entre to let the wolf into the fold = laisser entrer le loup dans la bergerie – comme en français – ou to let a fox into the henhouse » = laisser un renard entrer dans le poulailler, ou to set the fox to mind the geese = mettre le renard à garder les oies.
Dans l’Europe du Nord, l’intrus semble moins redoutable que le loup ou le renard, mais il peut lui aussi causer des ravages.
– En allemand, on utilise la locution « den Bock zum Gärtner machen » qui évoque le saccage que pourrait provoquer un bouc si on le laissait agir à sa guise dans un potager. L’expression, attestée à partir du XVIe siècle, est attribuée à Hans Sachs, auteur dramatique et Meistersinger à Nüremberg.
– En finois, on dit pukki kaalimaan vartijana = faire du bouc le gardien du champ de choux.
– En norvégien : Sette bukken til å passe havresekken signifie « mettre le bouc pour garder l’avoine ».
Le « grand méchant loup » qui menace les « brebis », le bouc qui vient marcher sur les plates-bandes des petits commerces français, c’est « le géant chinois de l’ultra fast-fashion ».
Pour être au courant ![]()
1- Fast-fashion : on dit aussi « mode jetable » = « Wegwerfmode ».
2 – En 1685, Mme de Sévigné écrit à sa fille, Mme de Grignan, que sa jambe a bien désenflé : « (elle) a bien coulé, les feux sont amortis ». Pour permettre la guérison, ajoute-t-elle, « il faut savoir s’il y a encore des loups dans les bergeries et les en faire sortir. »
3 – Les ouailles : les fidèles sont comparés à des brebis. Le mot vient du bas latin ovicula (petite brebis). En latin, le « V » était utilisé à la fois comme voyelle et comme consonne : la distinction entre « u » et « v » n’existait pas, d’où l’évolution du mot ovicula → oeilles ou oailles en ancien français → ouailles (depuis le milieu du XVIe siècle).
Et si les « froggies » étaient les Anglais ?
A en croire des découvertes archéologiques réalisées sur le site de Stonehenge, les Français ne mériteraient pas (1) ce sobriquet méprisant donné par leurs voisins d’Outre-Manche qui les qualifient de « mangeurs de grenouilles », d’escargots et d’autres animaux qu’ils considèrent, eux, comme répugnants (article).
Les premiers documents mentionnant la consommation de grenouilles en France datent du XIIe siècle (2). Or, des fouilles effectuées sur le site mégalithique de Stonehenge ont permis de mettre au jour des arêtes de poisson, des restes d’aurochs, mais aussi des quantités d’os de cuisses de grenouilles qui dateraient de plus de 7000 ans avant notre ère, donc bien avant que les Français se mettent à en consommer régulièrement. Voilà des informations scientifiques qui mettent à mal un des clichés préférés des Britanniques au sujet des Français !
Le mot grenouille dérive – après quelques altérations – du latin « ranunculus » (petite grenouille) (3).
De leur côté, l’allemand Frosch et l’anglais frog ont une origine commune, à savoir preu (springen) : ce sont donc des « sauteurs ».L’emploi métaphorique des noms d’animaux permet très souvent de faire des comparaisons révélatrices entre les langues. Pourquoi dit-on « einen Frosch im Hals haben » quand on a la gorge qui gratte, alors qu’en France on a « un chat dans la gorge » quand on est enroué ?
L’expression allemande possède une origine médicale : en effet, « ranula » est un terme employé par les ORL pour désigner une grosseur qui se forme sous la langue et qui rend l’élocution difficile car elle peut provoquer des problèmes de déglutition et un enrouement. La « ranula » est communément appelée « Froschgeschwulst » ou « Fröschlein ».
Mais que vient faire un chat dans la gorge des Français ? Bien sûr, cette formule imagée pourrait expliquer qu’on a « la gorge qui gratte » à cause du matou qui s’y agrippe, toutes griffes dehors. En réalité, l’expression est née d’une confusion – ou d’un jeu de mots, qui sait ? – entre le matou et le maton, mot qui désignait à l’origine des grumeaux de lait caillé, puis, par analogie, des glaires qui se forment dans la gorge.
La grenouille s’invite aussi dans une autre locution originale : une grenouille de bénitier (littéralement : Weihwasserbeckenfrosch ; Betschwester) désigne de façon péjorative les fausses dévotes (4) qui passent une partie de leur temps à l’église à proximité du bénitier et qui, telles des grenouilles qui coassent dans leur mare, se livrent à des commérages médisants et donc peu charitables (5).
Traités de « froggies », les Français ne se montrent guère plus charitables à l’égard des Britanniques : depuis le XVIIIe siècle, ils se vengent en les surnommant les « rosbifs », car ils sont réputés gros mangeurs de viande, surtout de boeuf, le plus souvent rôti (roast beef), alors que les Français le consommaient plutôt bouilli. Le choix de ce sobriquet vient aussi de la couleur (écarlate …) que prend la peau des Anglais lorsqu’ils s’exposent un peu trop au soleil de l’Hexagone et attrapent des coups de soleil.
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1- Un sobriquet immérité ? Pourtant, les Français restent – avec plus de 3 000 tonnes par an – les plus gros consommateurs de cuisses de grenouille du monde. Elles sont surtout importées d’Indonésie et du Vietnam. La capture de grenouilles sauvages est interdite en France. Mais, en Franche-Comté, des raniculteurs élèvent ces amphibiens dans des mares artificielles. Il s’agit cependant d’une production très limitée, destinée au marché local.
2- C’est à partir du XIIe que la consommation de cuisses de grenouilles est attestée en France : considérée comme un aliment maigre – comme d’autres « gibiers d’eau » (du castor aux poissons en passant par la sarcelle, la tortue, les escargots…) – la chair de grenouille était consommée par les moines : cela leur permettait de contourner l’interdiction de manger de la viande pendant le Carême ou le vendredi.
3- La rainette, quant à elle, a conservé une forme moins éloignée du latin « rana », mot probablement d’origine onomatopéique : ce serait une imitation du coassement de ce batracien.
4- faux amis : le substantif et adjectif français dévot/e se traduit en allemand par « Frömler/in » et « fromm ». L’allemand « devot », emprunté au français au XVIIe siècle et avec le même sens, est aujourd’hui synonyme de unterwürfig et se traduit en français par obséquieux, servile, exagérement humble.
5- Autre pays, autre animal ! L’équivalent allemand de la « grenouille de bénitier » est une « Tabernakelwanze » (littéralement : punaise de tabernacle) appelée en français « punaise de sacristie ».

« Oeil pour oeil, dent pour dent »
« L’Arabie Saoudite prise au piège de la loi du Talion
Lors d’une rixe, Abdoulaziz al Moutairi, un Saoudien de 22 ans, a eu l’épine dorsale brisée, le paralysant à vie. Comme l’y autorise la charia, il a demandé que son agresseur subisse le même sort que lui, une requête qui embarrasse la justice saoudienne. C’est pourquoi elle tente de persuader le plaignant de renoncer à sa demande et d’accepter une indemnisation financière. (article)
Cette loi de la « réciprocité » remonte, en fait, à bien plus loin que le Moyen Age. Elle est d’abord mentionnée dans le Code d’Hammourabi (1730 av. JC), roi de Babylone : § 196 : Si quelqu’un a crevé un oeil à un notable, on lui crèvera un œil. § 197 : S’il a brisé un os à un notable, on lui brisera un os. § 200 : Si quelqu’un a fait tomber une dent à un homme de son rang, on lui fera tomber une dent.
On la retrouve dans l’Ancien Testament. « Tu donneras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure ». (Livre de l’Exode, 21 : 23-25)
Le français a conservé le nom d’origine latine : c’est la loi du talion (ius talionis), mot dérivé de l’adjectif talis qui signifie « tel, pareil, même ». La punition infligée au coupable devait être équivalente, en nature et en gravité, au tort qu’il a causé. C’est le principe de la réciprocité.
« Auge um Auge… » – En allemand, cette loi est celle de la « revanche », de la « rétorsion » : die Wiedervergeltung (2), appelée aussi – dans la langue juridique – Retaliation.
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1- Considérée comme contre-exemple de notre conception juridique moderne, la loi du talion est encore en vigueur dans les pays qui appliquent une version stricte de la charia, comme l’Arabie saoudite, l’Afghanistan ou le Nigeria.
En Arabie saoudite, dans les cas de « qisas » (réparation), d’autres peines ont été prononcées ces dernières années, comme l’énucléation, l’arrachage de dents, ainsi que la mort dans des affaires de meurtre.
2- « Vergeltung » vient de gelten (avoir cours, valoir), qui est attesté (au VIIIe siècle) sous la forme « geltan » en ancien haut allemand, avec le sens de « (zurück)zahlen, entschädigen, opfern, wert sein ».
C’est, en effet, un mot de la même famille que « Geld ». Le coupable doit « payer » au sens propre (indemniser financièrement la victime) ou figuré (subir les conséquences pénibles de son acte).
3- Dix-huit siècles après le Code d’Hammourabi, dans l’évangile selon Matthieu (5: 38-40), Jésus prône une réponse non-violente face à l’agresseur :
« Vous avez appris qu’il a été dit : ‘œil pour œil et dent pour dent’. Et moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Au contraire, si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre. »
Un précepte difficile à mettre en pratique…

détricoter ou déficeler ?
« Budget 2026 : le Sénat prêt à détricoter les ‘monstruosités’ fiscales votées à l’Assemblée. Alors que les travaux ont commencé à la chambre haute pour examiner la copie budgétaire du gouvernement, les sénateurs de la droite et du centre manifestent leur préférence pour les économies plutôt que pour les créations et hausses d’impôts. » Ils critiquent « les mesures qui conduisent à accroître la pression fiscale qui pèse sur nos concitoyens et sur nos entreprises. » (article du 5 novembre 2025)
Pas de tricoteuses (1) à l’Assemblée ! N’allez pas imaginer que ces messieurs du Palais Bourbon et du Palais du Luxembourg (en effet, les femmes ne représentent que 36,1% des députés et 36% des sénateurs) (2) manient des aiguilles à tricoter et, tels Pénélope (3), défont chaque matin les rangs tricotés la veille par leurs collègues de l’autre assemblée du Parlement !
« Détricoter », au sens figuré – et en particulier dans le domaine politique – signifie défaire, déconstruire, vider de sa substance.
Si les Français choisissent la métaphore du tricot (4), en allemand, on préfère évoquer la ficelle qui entoure le paquet.
« Regierung will Beamten-Lohnrunde 2026 aufschnüren. [Sie] lädt die Beamtengewerkschaft zu einem Gespräch, um über eine Reduktion des eigentlich bereits beschlossenen Gehaltsabschlusses für 2026 zu reden. » (article)
Le gouvernement autrichien souhaite « déficeler », donc « détricoter » – pour le revoir à la baisse – l’accord conclu à l’issue des négociations salariales avec les représentants des fonctionnaires.
Qui « tire les ficelles » dans la coalition « Türkis-Rot-Pink » autrichienne ? die Fäden ziehen – Manœuvrer autrui en restant soi-même dans la coulisse.
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1- Sous la Révolution, le terme « Tricoteuses » désignait les femmes du peuple qui assistaient aux séances de l’Assemblée ou du tribunal révolutionnaire, voire aux exécutions à la guillotine, tout en tricotant – activité que, selon leurs maris, frères et pères, elles auraient mieux fait d’accomplir à la maison ! Faire la révolution n’empêche pas d’être macho…
2- Pourcentage d’élues au Palais Bourbon et au Palais du Luxembourg – 36,1 % des députés sont des femmes : cela représente 216 femmes sur les 577 sièges de l’Assemblée nationale pendant la 16ème législature (2022-2027). – 36 % des sénateurs sont des femmes. Depuis le renouvellement de septembre 2023, le Sénat compte 126 femmes et 222 hommes.
3- Bien sûr, l’épouse d’Ulysse tissait et ne tricotait pas, mais le verbe « détisser » n’existe pas !
4- « Tricot » est un diminutif du mot trique, un bâton gros et court, une sorte de gourdin dont on se sert pour battre qn. En vieux-francique, le verbe strikan dont il dérive avait le sens de frapper (voir l’anglais to strike, de même sens). Tricoter quelqu’un, c’était le rosser à coups de bâton. Au XVe siècle, le verbe prend – le sens de courir, sauter en remuant beaucoup les jambes (leur mouvement étant comparé à celui d’un bâton qu’on agite), – puis, à la fin du XVIe, le sens que l’on connaît aujourd’hui : « exécuter un ouvrage en mailles entrelacées, avec des aiguilles spéciales » (le va-et-vient des aiguilles est comparé à celui des jambes en mouvement). Nos aiguilles à tricoter sont des triques en version miniature. Au XVIIe siècle, les « broches » étaient des aiguilles à tricoter. Peu à peu le verbe « brocher » a été évincé par »tricoter ». Le verbe allemand stricken est, bien sûr, de la même famille.

l’infarctus et la farce…
« Dans les semaines qui suivent une crise de grippe ou de COVID, le risque d’infarctus du myocarde ou d’AVC peut augmenter considérablement, selon une étude publiée (le 29/10/2025) dans le Journal of the American Heart Association. La réponse naturelle du système immunitaire aux infections virales comprend la libération de molécules qui déclenchent et entretiennent l’inflammation et favorisent la tendance du sang à coaguler, [deux phénomènes qui] peuvent contribuer à expliquer l’augmentation du risque de crise cardiaque et d’accident vasculaire cérébral. » (article)
Nous aurait-on menti ? L’athérosclérose ne serait pas la cause principale des accidents vasculaires ? Ces histoires de dépôts graisseux qui bouchent nos artères ne seraient qu’une farce ?
Au sens propre du terme, c’est ce que semble indiquer l’étymologie du mot infarctus qui vient du participe passé latin infartum du verbe infarcire qui signifie … farcir, garnir, bourrer, remplir et donc, médicalement, obstruer le vaisseau, provoquant une insuffisance ou même une suppression totale de l’irrigation sanguine.
La suite de trois consonnes dans « infaRCTus » est difficile à articuler en français, c’est la raison pour laquelle, assez souvent, ce mot est transformé – fautivement – en « inFRactus », avec permutation du A et du R, c’est-à-dire une métathèse qui crée une suite de phonèmes plus faciles à prononcer.
Ce déplacement de phonèmes est donc le résultat d’une certaine paresse articulatoire… ou de dyslexie.
L’interversion du A et du R est, en outre, favorisée par l’étymologie populaire qui rapproche cet « infractus » de la fracture, créant une image très parlante de cette pathologie.
Le mot « infractus » est (encore) considéré comme un barbarisme. Sera-t-il un jour légitimé par l’usage ? C’est ce qui s’est passé avec d’autres métathèses passées dans le langage standard aujourd’hui :
Deux exemples de métathèse consacrée par l’usage :
– le moustique (de l’espagnol mosquito) : attesté sous la forme « mousquitte » au tout début du XVIIe siècle dans un ouvrage d’entomologie, le terme est rapidement transformé, probablement sous l’influence du mot « tique ». Selon l’étymologie populaire, c’est une « mouche-tique » !– le fromage vient de formaticus – ou plus exactement de caseus (1) formaticus, littéralement « fromage fait dans un moule ». L’italien formaggio et le français fourme rappellent la forme latine originelle.
Pour être au courant1- L’allemand Käse, l’anglais cheese, mais aussi l’espagnol queso et le portugais queijo dérivent, par contre, du substantif latin « caseus« , et pas de l’adjectif « formaticus« .

la lanterne rouge
« Indice mondial d’ingérence du lobby du tabac : la Suisse, lanterne rouge de l’Europe. La Suisse reste un paradis pour le lobby du tabac : dans ce nouvel indice, elle occupe l’avant-dernière place sur 100 pays étudiés. (…) L’industrie du tabac continue d’exercer une forte influence sur la politique. » (article)
En allemand, l’expression « rote Laterne » évoque plutôt le milieu de la prostitution et se réfère à la couleur des lanternes pendues autrefois à l’entrée des bordels et la lumière rouge diffusée à l’intérieur de ces établissements. (1)
La couleur rouge est, plus généralement, celle du « milieu » au sens criminel du terme, à savoir le monde du crime organisé qui vit de trafics illicites, du vol, des maisons closes…
L’expression a donc une connotation nettement péjorative. C’est pourquoi, dans sa version germanophone, l’article est intitulé ‘Globaler Tabaklobby-Index: Schweiz bleibt Schlusslicht Europas’.
En français, l’expression « lanterne rouge » est en premier lieu associée à la dernière place d’une course sportive, en particulier cycliste, comme le Tour de France. (2) La « lanterne rouge » du Tour de France était un trophée très recherché à cause de l’intérêt médiatique qu’il suscitait. En outre, cette place permettait à son « vainqueur » de toucher des primes spéciales et de faire un tour d’honneur en portant la fameuse lanterne à l’arrivée de la dernière étape. (3)
Par extension, l’expression désigne aujourd’hui le dernier d’une compétition ou d’un classement, comme celui de « l’indice mondial d’ingérence du lobby du tabac » évoqué ci-dessus.
A l’origine, la « lanterne rouge » n’a rien à voir avec le monde du cyclisme, mais avec celui du rail : le dernier wagon d’un convoi ferroviaire doit se signaler par un feu rouge. Au début de l’histoire des chemins de fer, c’était une lampe à huile.
C’est également de là que viennent les feux arrière des véhicules automobiles modernes : les premiers véhicules motorisés avaient seulement des phares à l’avant. La couleur rouge actuelle des feux arrière, héritée du système des lanternes rouges des trains, s’est imposée dans les années 1910 en France.
Pour être au courant1- L’expression apparaît d’abord aux États-Unis en 1890 sous la forme « red light district » : elle est utilisée pour désigner une zone de commerce de la prostitution. En français, c’est un « quartier chaud » (Rotlichtviertel).
En réalité, cette association entre la couleur rouge et la prostitution remonte à beaucoup plus loin : cela viendrait d’un épisode de l’Ancien Testament (Livre Josué 2, 18 ; 6, 25) dans lequel la prostituée Rahab a accueilli les deux espions israélites envoyés par Josué. En échange de ce service, elle a été la seule à échapper à la destruction de Jéricho en plaçant une écharpe rouge à sa fenêtre pour signaler qu’il fallait épargner sa maison.
2- le verbe « lanterner » signifie « traîner », « perdre son temps à des choses futiles et sans intérêt » = herumtrödeln.
3- Terminer dernier de cette compétition demande parfois un certain talent car le coureur ne doit pas dépasser le «délai de carence», c’est-à-dire le temps maximal accordé pour terminer une étape, délai au-delà duquel il est éliminé. En 1980, le coureur autrichien Gerhard Schönbacher – originaire de Mellach – a réussi « l’exploit » de terminer, pour la deuxième fois consécutive, à la dernière place du classement général final !

Mise en bière d’une bière belge
Un pan de l’histoire brassicole bruxelloise s’effondre : mise en bière de la gueuze Belle-Vue… (article) Après 75 ans d’existence, AB InBev met un terme à la production de sa Gueuze Belle-Vue [dont] les ventes ne cessaient de chuter.
Il y a bière et bière Il arrive qu’une personne trop portée sur la bouteille (de bière ou d’une autre boisson alcoolique) soit mise en bière – c’est-à-dire enterrée – prématurément, tandis que la bière, elle, est mise en bouteille.
Il est plus rare de parler de la « mise en bière » d’une chose (1), en l’occurrence d’une sorte de bière. Mais le journaliste n’a pas pu résister à utiliser le jeu de mots.
Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, dans cette expression, le mot « bière » n’a aucun rapport étymologique avec le domaine de la brasserie ni de la boisson en général. Cette bière-là est un synonyme familier de cercueil depuis la fin du XIIe siècle.
A l’origine, le mot désigne un simple brancard servant à transporter les morts. Comme cette couche était souvent ensevelie avec le défunt – par exemple en période d’épidémie de peste, ou parce qu’on ne pouvait pas lui payer une sépulture moins rudimentaire, comme les sarcophages réservés à la population aisée – le terme a peu à peu pris le sens de cercueil.
Si « bière » a été choisi comme Mot du Jour, c’est – vous vous en doutez bien – qu’il doit avoir un rapport étymologique avec l’allemand. En effet, bière vient du francique bëra dont dérive également l’allemand Bahre (civière, brancard par l’intermédiaire de bêra (gothique) → bara (ancien haut allemand) → bâre (moyen haut allemand), de l’ancien verbe beran (tragen / porter).
En allemand moderne, une civière s’appelle Tragbahre. Les deux éléments constitutifs du mot ont la même signification : c’est donc, littéralement, un « porte-porte ».
Beran a également donné naissance (et c’est bien le cas de le dire…) au verbe gebären (enfanter, donner le jour à un enfant, le mettre au monde après l’avoir porté) et à Geburt (naissance).De la naissance à la mise en bière, l’alpha et l’oméga…
Pour être au courant ![]()
1- On parle rarement de la « mise en bière » d’une chose mais, comme en allemand, le verbe enterrer / begraben s’utilise aussi au sens figuré : enterrer un projet, c’est l’abandonner définitivement ; enterrer une affaire, c’est la faire oublier en n’en parlant plus. Dans les deux langues, on parle – souvent de façon ironique – d’un « enterrement de première classe » = « eine Beerdigung erster Klasse », pour qualifier l’abandon définitif d’un projet ou la mise à l’écart d’une personne.
2- Brancard vient de branche. Le mot désigne chacune des barres de bois entre lesquelles est placé le cheval qui tire une voiture, ou le porteur d’une litière (où le passager est allongé) ou d’une chaise à porteurs (où le passager est assis).


Investiture et inauguration
La cérémonie d’investiture du 47ème président des Etats-Unis (lundi 20/01/2015) a été déplacée à l’intérieur du Capitole en raison du froid polaire attendu à Washington.
Un « vent arctique » (venu du Groenland ?) a jeté un froid sur les festivités et sur les 220 000 sympathisants du président qui s’étaient procuré des billets, mais qui n’ont pas pu suivre la cérémonie en direct : en effet, la Rotonde du Capitole ne pouvait accueillir que quelques centaines d’invités triés sur le volet.
Qualifiée d’investiture dans la presse francophone, cette cérémonie est désignée sous le nom d’inauguration dans les médias anglophones et certains journaux en langue allemande.
En français moderne, le terme inauguration (1) se définit comme le « fait de célébrer l’achèvement (d’un monument, d’un aéroport, d’une statue), de mettre officiellement en service (quelque chose à usage public) par une cérémonie solennelle. (CNRTL)
Le mot ne s’applique pas – ou plus – au fait d’introduire solennellement une personne dans sa nouvelle et haute fonction. Cependant, jusqu’au XIXe siècle, inauguration était synonyme d’intronisation, une cérémonie religieuse du sacre ou du couronnement d’un souverain, ou d’investiture d’un haut dignitaire.
Et c’est dans ce sens-là que le mot est passé du français à l’anglais au milieu du XVIe siècle, et qu’il a conservé cette signification jusqu’à aujourd’hui, à savoir : « ceremonial investiture with office; act of solemnly or formally introducing or setting in motion anything of importance or dignity« .
La cérémonie d’investiture / inauguration du président des Etats-Unis a conservé en partie son caractère religieux : (2) Donald Trump a prêté serment sur la Bible – ou plus exactement sur deux Bibles. (3).
Le terme investiture (4) qui se définit comme une procédure officielle d’attribution d’un pouvoir ou d’une fonction (Amtseinführung), vient du latin investitura, dérivé du verbe investire qui signifie « revêtir ». En effet, au Moyen-âge, le vêtement ou tout élément de la tenue d’un haut personnage était souvent le symbole du pouvoir conféré (vêtements liturgiques, toge de magistrat, couvre-chef particulier, uniforme militaire)
On retrouve ce lien entre vêtement et fonction dans l’expression « jn mit einem Amt bekleiden », qui possède une origine comparable à « investir qn d’une fonction » et qui s’applique au domaine séculier.
Pas de code vestimentaire particulier pour le président des Etats-Unis lors de la cérémonie d’investiture de nos jours. John Kennedy est le dernier président à avoir porté une jaquette et le chapeau haut de forme de rigueur à cette occasion.
Etre le héros d’une cérémonie d’investiture est donc tout le contraire de « se prendre une veste » !
Pour être au courant ![]()
1- inauguration est dérivé du bas latin inauguratio : consécration d’un lieu ou d’une personne par une cérémonie solennelle. Il vient donc comme lui d’augure. Dans la religion romaine, l’augure était :
– un prêtre chargé d’interpréter les phénomènes naturels considérés comme des présages (vol des oiseaux, foudre, prodiges…) (lien) ;
– cette pratique divinatoire ;
– le message – de bon ou de mauvais augure envoyé par les dieux.
L’inauguration d’un lieu ou d’un important personnage, célébrée par un augure, pouvait avoir lieu si les auspices divins étaient favorables. C’était une légitimation divine. (lien)
2- Le mot « serment » (Eid) est d’ailleurs dérivé de « sacrement ».
La prestation de serment = die Angelobung, Vereidigung = swearing-in ceremony :
– « Je jure solennellement de remplir fidèlement les fonctions de président des États-Unis et, dans toute la mesure de mes moyens, de sauvegarder, protéger et défendre la Constitution des États-Unis ».
3- Comme lors de sa première investiture en 2017, Donald Trump a prêté serment sur deux bibles :
– celle utilisée par Abraham Lincoln lors de sa première « inauguration » en 1861,
– celle offerte par sa mère en 1955, lorsqu’il avait 9 ans. (lien)
Bien que non obligatoire, la prestation de serment est ancrée dans la tradition américaine. Franklin Pierce est le seul président des Etats-Unis (de mars 1853 à mars 1857) à avoir remplacé « je jure » par « j’affirme », ce qui est autorisé par la Constitution. (lien)
4– L’allemand connaît aussi le terme « Investitur » (littéralement Einkleidung) mais ne l’utilise plus que dans le contexte historique de la Querelle des Investitures qui a opposé la papauté et le Saint-Empire romain germanique entre 1075 et 1122.

Limogeage
« Un limogeage à grande échelle. L’administration du nouveau président américain, Donald Trump, a demandé vendredi 24 janvier aux agences fédérales américaines de fermer [d’ici 60 jours] l’ensemble de leurs bureaux chargés de promouvoir la diversité et la justice environnementale. » (article)
Ce licenciement (1) de grande envergure dans les services publics américains est annoncé deux jours après la décision de placer en congés forcés tous les employés travaillant au sein de l’administration fédérale dans des programmes de DEIA (Diversité, Équité, Inclusion et Accessibilité).
Le limogeage d’un haut fonctionnaire, c’est son renvoi sans préavis. Il est relevé, avec effet immédiat, de ses fonctions. Le verbe « limoger », qui apparaît au début de la 1ère Guerre mondiale, a bel et bien un rapport avec la ville de Limoges, comme la baïonnette avec celle de Bayonne. (2)
Dès août 1914, jugeant que de nombreux officiers ont causé les premiers échecs militaires du fait de leur incompétence, le général Joffre, commandant en chef de l’armée française, décide de relever 40% des hauts gradés de leur commandement. Le ministre de la Guerre, Adolphe Messimy, choisit de les éloigner du front et de Paris où, selon lui, « ils n’auraient fait que clabauder », et les assigne à résidence dans la 12ème région militaire, où se trouve Limoges.
C’est ainsi que cette mesure disciplinaire a donné naissance au verbe « limoger ». En réalité, seuls 12 officiers ont été envoyés à Limoges, les autres ont résidé dans d’autres villes de cette région militaire. Mais c’est le verbe « limoger » qui est passé dans l’usage, et pas « toulouser » ou « angoulemer »…
Les verbes « limoger » ou « congédier », qui appartiennent à un registre élevé, ont de nombreux équivalents plus familiers comme « virer » (« to fire » en anglais et « feuern » en allemand) (3), ainsi que « flanquer à la porte » ou « dégommer ».
Ce dernier verbe possède une étymologie surprenante : il n’a rien à voir avec la gomme qui, au sens premier du terme, désigne une « substance mucilagineuse et transparente, provenant de l’exsudation naturelle ou provoquée de certains végétaux. »
Il se réfère à une coutume des anciens Francs qui « décomaient » les rois qu’ils avaient déposés : c’est-à-dire qu’ils les tondaient, ils leur coupaient leur – longue – chevelure (coma en latin (4), symbole de pouvoir et de force. « Décomés » : c’est le sort qu’ont connu par exemple les rois Thierry III (VIIe siècle) et Childéric III (VIIIe siècle), un souverain qui, en outre, a été enfermé dans un couvent. (5)
Les 162 généraux et colonels (sur un total de 400) « limogés » par Joffre entre le 2 août (date de la mobilisation) et le 31 décembre 1914, n’ont été ni tondus ni claustrés. On a même nommé certains d’entre eux un poste d’égale valeur, mais purement symbolique, afin de les neutraliser.
Le coup de balai trumpiste ou trumpien (les deux adjectifs sont employés indifféremment dans la presse française) pourrait, par contre, faire des dizaines de milliers de victimes parmi les fonctionnaires américains qui risquent fort de ne pas être « recasés ».
Pour être au courant ![]()
1- licencié : un participe ambigu que l’on peut interpréter de deux manières : qui a été congédié, ou qui possède un diplôme de licence, qui est titulaire d’une licence.
2- le mot « baïonnette » est attesté depuis 1572 en français et depuis le début du XVIIIe siècle en allemand : das Bajonett. La ville de Bayonne (Pays basque) possédait aux XVIe et XVIIe siècles d’importantes fabriques d’armes et de coutellerie.
3- to fire est l’un des verbes préférés de Donald Trump. Chacun connaît sa formule « you are fired ! » Le passage du sens propre de « to fire » (« faire du feu et l’entretenir » ou « mettre le feu », attesté vers 1200) au sens figuré (« virer, jeter à la porte, renvoyer qn », attesté en 1877) s’est fait par l’intermédiaire de « faire feu, tirer un coup de feu sur qc » (vers 1520), puis « jeter, envoyer avec force, flanquer (un coup, une gifle) » (schmeißen). L’allemand « feuern » a connu la même évolution : au sens figuré (jn entlassen), c’est un calque de l’anglais.
4- « coma« , (du grec « kome » : cheveux, crinière), a donné, par l’intermédiaire de l’adjectif « cometes, -ae » (qui est chevelu), le mot « comète ». La « coma » ou « chevelure » de la comète est l’enveloppe nébuleuse qui se forme autour du noyau de l’astre lorsqu’il passe près du soleil.
5- Depuis toujours, une abondante chevelure est un symbole de puissance, de pouvoir : privé de sa chevelure pendant son sommeil par Dalila, Samson est désarmé. Une longue chevelure conférait aux rois francs du haut Moyen âge une force magique divine.
Les tondre était non seulement une humiliation mais aussi une forme de mutilation puisque la « décalvation » pratiquée par les Mérovingiens consistait à scalper la victime, c’est-à-dire à enlever des lambeaux de cuir chevelu à l’aide du scramasaxe, un long couteau sans manche, appelé Sax en allemand.) (lien)
Suzette et Georgette : une histoire de crêpes
La crêpe et le crêpe (1) : ces homophones homographes ne sont pas synonymes et n’ont pas le même genre. Ils possèdent pourtant une étymologie commune.
En France, pas de Chandeleur sans crêpe, LA crêpe, cette « mince couche de pâte de forme ronde, cuite à la poêle ou sur une plaque de fonte, que l’on consomme nature ou fourrée d’une garniture sucrée ou salée » (CNRTL).
Elle doit son nom à l’aspect ondulé et friselé qu’elle prend à la cuisson, et qui rappelle l’apparence DU crêpe, une « étoffe, généralement de laine ou de soie, plus ou moins légère et transparente dont la texture grenue est obtenue par une forte torsion des fils » (CNRTL).
Mais d’où vient le nom de la crêpe Suzette, ce grand classique des desserts français ? Accompagnée d’une sauce à base de sucre caramélisé et de beurre, avec du jus d’orange, du zeste (d’orange ou de citron) et de la liqueur Grand Marnier, elle est aujourd’hui le plus souvent servie flambée, ce qui n’était pas le cas pour la recette d’origine, imaginée par Auguste Escoffier, chef de cuisine du « Grand Hôtel de César Ritz à Paris » (2).
Selon la légende la plus répandue, la version « Suzette » serait le fruit d’un « accident culinaire » (3) : un apprenti-pâtissier du Grand Café de Monte-Carlo servait des crêpes au Prince de Galles, le futur roi d’Angleterre Édouard VII. Il aurait enflammé l’alcool (Grand Marnier ou Curaçao, selon les versions) par mégarde. Bon prince, « Bertie » (4) ne lui en a pas voulu de cette maladresse qui n’a pas fait de victime : après avoir dégusté cette création, il aurait même suggéré de lui donner le « petit nom » de la jeune femme qui l’accompagnait, Suzanne Reichenberg.
C’est à un petit-fils de Bertie, un autre prince de Galles, qu’on doit le nom de l’étoffe dite « prince-de-galles » (Prince of Wales check) (5). Ce tissu, généralement en laine, est formé de petits carrés de couleurs, reliés entre eux par des effets de rayures verticales et horizontales. Le futur Edouard VIII l’adopte dans les années 1920.
Cet Edouard-là, né en 1894, a connu son arrière-grand-mère, la reine Victoria, décédée en 1901, après avoir porté pendant 40 ans le deuil de son mari, le prince Albert. C’est elle qui a imposé à la cour d’Angleterre des règles strictes concernant le deuil, en particulier le port d’un voile de crêpe noir pendant la période dite « de grand deuil ».
Jusqu’au début du XXe siècle, le crêpe noir symbolise le deuil, porté comme voile par les femmes, comme ruban sur un chapeau ou comme brassard par les hommes.
Le crêpe dit « georgette », qui a un tissage plus serré que le crêpe « normal » et qui est généralement un tissu de soie, ne doit pas son nom au roi George (ni George V, petit-fils de Victoria, ni George VI, père de la reine Elisabeth) mais à Georgette de la Plante, une modiste et couturière parisienne, célèbre dans les années 1910-1920 pour ses immenses chapeaux (illustration), et dont le nom (mais pas le prénom…) est aujourd’hui tombé dans l’oubli, contrairement à celui de sa contemporaine Coco Chanel.
Pour être au courant ![]()
1- LA crêpe et LE crêpe, tout comme l’adjectif « crépu » – qui se rapporte aux cheveux – dérivent du latin « crispus » (frisé, ondulé).
2- L’hôtel 5 étoiles appelé aujourd’hui « Ritz Paris » et situé place Vendôme (dans le 1er arrondissement) a été fondé en 1898 par l’hôtelier suisse César Ritz, en collaboration avec le chef Auguste Escoffier.
3- La ganache, la tarte Tatin, le Roquefort… : des mets ou aliments découverts – selon la légende -par hasard, par sérendipité.
4- Bertie : surnom du fils aîné de la reine Victoria : Albert est resté prince héritier pendant 60 ans avant de devenir roi (cela vous rappelle quelqu’un ?) sous le nom d’Édouard VII. Tenu à l’écart du pouvoir pendant le long règne de sa mère et très francophile, il profitait de chaque occasion pour se rendre en France (à Paris, Biarritz, Cannes, Trouville…) et à Monaco. Le plus souvent sans son épouse Alexandra, mais en compagnie d’une de ses nombreuses maîtresses.
5- le « prince-de-galles » : ce genre de motif a été créé à l’intention des grands propriétaires fonciers anglais établis en Écosse (dans le village d’Urquhart, près d’Inverness) et qui n’avaient pas droit au tartan, le motif des clans, mais souhaitaient cependant habiller leur personnel avec un tissu au dessin personnalisé et bien identifiable.

du mousse (1) au menu
« Il était un petit navire » parle de cannibalisme, pensez-y avant de le chanter à vos enfants ! (lien)
Cette comptine traditionnelle, chantée sur un air guilleret et entraînant depuis le XVIe siècle, n’est pas aussi anodine qu’elle n’en a l’air. En effet, les paroles évoquent explicitement une pratique qui n’était pas étrangère au monde de la marine, de la Renaissance (début des grands voyages maritimes intercontinentaux après la découverte des « Indes occidentales » en 1492) jusqu’au XIXe siècle, à savoir l’anthropophagie. (2)
Si le titre de la chanson a été modifié, passant de « La courte paille » à « Il était un petit navire », le texte est resté le même : l’équipage d’un navire en perdition décide de désigner « à la courte paille » (3) – c’est-à-dire de tirer au sort – le marin qui « sera mangé », permettant ainsi à ses compagnons de survivre. « Le sort tomb[e] sur le plus jeune », le petit mousse, et les autres membres de l’équipage se disputent sur la manière de le cuisiner : « On cherche alors à quelle sauce / Le pauvre enfant se-, se-, sera mangé / L’un voulait qu’on le mît à frire. / L’autre voulait le fricasser ». (texte de la chanson)
Vous connaissez probablement l’isue heureuse de cette tragédie : le malheureux petit marin adresse une prière à la Vierge Marie qui l’exauce : des milliers de poissons sautent sur le bateau. L’équipage affamé va pouvoir se nourrir, et le petit mousse est sauvé.
Au temps de la marine à voile, les mousses – des jeunes marins souvent enrôlés sur les bateaux parfois dès l’âge de 7-8 ans, mais le plus souvent entre 12 et 16 ans – étaient le plus souvent les souffre-douleur de l’équipage, considérés parfois comme de véritables esclaves, chargés de toutes les corvées à bord (lien).
Le terme « mousse », attesté sous la forme « mosse » en 1515 (l’année où apparaît le « cannibale » dans la langue française…) et défini comme un « jeune apprenti marin ». Il vient de l’espagnol « mozzo » qui désigne d’abord un « garçonnet » (à la fin du XIIe siècle), puis un « jeune homme » (au milieu du XIVe siècle), et qui dérive lui-même du latin « muttiu » (littéralement « émoussé »), à cause de la coutume qui consistait à raser la tête des jeunes garçons et des jeunes gens. (4)
L’allemand « Moses » – qui désigne, lui aussi, un jeune marin – a-t-il un lien étymologique avec le « mousse » français ? Malgré une certaine ressemblance phonétique, ces deux termes n’ont pas la même origine. « Moses » se réfère au nom du patriarche hébreu « Moïse » (Moses en allemand), qui signifie littéralement « sauvé des eaux ».
Moïse, un moussaillon malgré lui qui aurait vécu – et survécu à un risque de naufrage – il y a quelque 3 500 ans…
Pour être au courant ![]()
1- deux homographes homophones : le mousse, un jeune marin (Schiffsjunge, Moses) ≠ la mousse : Moos, Schaum.
2a- le mot cannibale – attesté en français en 1515 – vient de l’arawak (langue de la région des Caraïbes) « caniba ». Il désigne un anthropophage des Caraïbes avant de prendre le sens plus général que nous lui connaissons aujourd’hui.
2b- anthropophagie et cannibalisme :
– le cannibalisme, défini comme le fait de manger des individus de sa propre espèce, n’est pas spécifiquement humain ;
– l’étymologie d’anthropophagie (‘consommation d’êtres humains’) restreint cette notion aux êtres humains.
2c- Le célèbre tableau de Théodore Géricault, « Le Radeau de La Méduse », illustre l’histoire d’un naufrage suivi d’un cas d’anthropo-phagie datant de 1816. (lien)
3- « tirer à la courte paille » : ausknobeln, Hälmchen ziehen.
Cette pratique de désignation par le sort se retrouve dans l’expression allemande « den Kürzeren ziehen » (littéralement : ‘tirer le/la plus court/e’). Dans différentes cultures, la décision était / est prise à l’aide de brins de paille, de bâtonnets. Celui qui tire la paille, l’allumette, le bâtonnet le/la plus court/e a perdu ou a tort.
4- Selon l’Ancien Testament (Livre de l’Exode 2, 1-10), Pharaon ordonne de tuer tous les enfants hébreux mâles. Une femme juive du nom de Yokèbed, qui vient d’accoucher d’un petit garçon, espère lui sauver la vie en le couchant dans une corbeille en jonc qu’elle dépose sur le bord du Nil.
La fille de Pharaon qui se baigne ce jour-là dans le fleuve, découvre le nourrisson. Elle le sauve et le confie à une nourrice qui n’est autre que Yokèbed ! Moïse sera élevé à la cour de Pharaon et conduira le peuple hébreu jusqu’à la Terre Promise.
5- Jusqu’à leur entrée dans la vie adulte, les jeunes Romains avaient le crâne rasé, tout comme les esclaves. C’était tout le contraire chez les Celtes, et donc les Gaulois. Lorsqu’ils faisaient prisonniers des guerriers gaulois, les Romains les tondaient pour les humilier.
Encore aujourd’hui dans l’armée et la marine françaises, la réglementation « capillaire » varie selon le grade : alors que les jeunes recrues – les mousses d’autrefois – doivent adopter la coupe ultra-courte, les militaires haut-gradés peuvent porter des cheveux un peu plus longs.

Carnaval : un véritable raz-de-marée
dans les rues de Cherbourg
Dans les pays germanophones – mais aussi dans certaines villes de France comme en témoigne l’article (lien) – le Carnaval bat son plein les deux jours précédant le Mercredi des Cendres.
En Autriche, le dernier lundi avant le Carême s’appelle « Rosenmontag » et, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, cette dénomination n’a probablement aucun rapport avec les roses…
Le terme est attesté pour la première fois au tout début des années 1830, à Cologne, ville célèbre pour son Carnaval au moins depuis le XIIIe siècle.
Selon les lexicologues, « Rosenmontag » vient du moyen allemand occidental « rosen », un verbe écrit et prononcé « rasen » en allemand moderne, et synonyme de « tollen, toben », c’est-à-dire « se déchaîner, être en furie, faire rage ». Il décrit bien l’atmosphère très animée de la fête et les réjouissances endiablées, parfois débridées, auxquelles se livrent les Carnavaliers qui déferlent dans l’espace public comme un raz-de-marée.
Si le français n’a pas de terme spécifique pour qualifier ce dernier lundi du temps de Carnaval, il existe cependant un point commun entre le verbe allemand « rasen » et le raz-de-marée.
Le « raz », tout comme « rasen » viennent du verbe « rāsa » qui signifie en vieux norrois « s’élancer avec force et impétuosité » et qui a donné le substantif « ras » (courant d’eau, course).
Et quel est le rapport avec Cherbourg, en dehors du « raz-de-marée » humain qui submerge la ville au moment du Carnaval ?
Elle se trouve à l’extrémité nord du département de la Manche (Basse-Normandie), dont la pointe ouest est longée par un courant de marée, le plus puissant d’Europe : le Raz Blanchard (1) qui s’engouffre dans le détroit situé entre le cap de la Hague et l’île anglo-normande d’Aurigny (carte).
Pour être au courant ![]()
1- Appelé Alderney Race en anglais, le Raz Blanchard rejoint plus au sud le Passage – ou Canal – dit « de la Déroute ». Cette passe doit son nom tragique aux nombreux naufrages qui s’y sont produits, en raison de la dangerosité de la navigation dans ce secteur maritime où se rencontrent différents courants, un risque aggravé par la violence du vent, la présence d’écueils sous-marins et un marnage de plus de 14 m, soit l’un des plus grands du monde.
Quant au nom de « Blanchard », il vient probablement du fait que la mer, dans ces parages, est le plus souvent toute blanche à cause de l’écume des vagues déferlantes.

Le « ciné-maille » : se faire une toile en tricotant
« Le Votiv Kino, un cinéma d’art et essai du centre de Vienne, propose depuis décembre [2024, et chaque mois] des ateliers « tricot-ciné », auxquels participent des centaines de cinéphiles venus « se relaxer », « se retrouver » et « se reconnecter au réel ». Ce « ciné-maille » est la dernière trouvaille du secteur pour diversifier l’offre et [concurrencer] les plateformes [de vidéo en streaming]. Pour éviter les erreurs de tricotage, une lumière tamisée reste allumée durant la projection, ce qui favorise aussi l’échange. » (article)
« Se faire une toile », en langage familier, signifie « aller au cinéma ». La toile, c’est le grand écran des salles de cinéma. On retrouve cette idée de « toile » dans l’allemand « Leinwand » (1).
Toile et tricot – Si le tissage (entrecroisement de fils de chaîne et de trame) remonte à plusieurs millénaires, la technique du tricot (entrelacement de mailles) semble beaucoup plus récente. (2)
L’hypothèse la plus vraisemblable est qu’elle a été inventée au Moyen-Orient et s’est diffusée ensuite dans l’Europe méridionale via les conquêtes arabes (en Espagne, au Portugal, en Sicile).
Au XIIIe siècle, cette pratique est encore « exotique » : ainsi, les tricoteurs professionnels employés à la cour du roi d’Espagne, étaient de confession musulmane. A Paris, la Guilde (des tricoteurs) de saint Fiacre est fondée seulement en 1527. Mais, à cette époque là, on ne « tricotait » pas : on « brochait » (le mot « broche » désignant l’aiguille à tricoter) ou on « travaillait à l’aiguille ».
Le verbe « tricoter » avait un tout autre sens : dérivé de « tricot », lui-même diminutif de « trique » (un gros bâton, un gourdin), il signifiait « battre avec des bâtons ».
Au XVe siècle, « tricoter » est synonyme de courir, sauter, remuer vivement et rapidement les jambes – ou les pattes – celles-ci étant comparées à des bâtons. (4)
C’est seulement à la fin du XVIe siècle, avec la diffusion de la technique du tricot, que le verbe a pris le sens de « exécuter un ouvrage en mailles entrelacées, avec des aiguilles spéciales », par analogie entre le mouvement des aiguilles et celui des jambes.
A la française ou à la continentale ?
Lors des séances de ciné-maille, la salle de projection du Votiv Kino bruit du cliquetis des aiguilles des spectatrices (et des rares spectateurs) qui, visiblement (vidéo), tricotent « à la continentale », c’est-à-dire en tenant les aiguilles sous la main (comme un couteau) et en guidant le fil de la main gauche (s’ils sont droitiers), alors qu’en France on le guide avec l’index droit (vidéo). Autrefois, on tenait les aiguilles au-dessus de la main (comme un stylo) mais, là, la méthode « continentale » semble gagner du terrain.
Le tricot-spectacle
Cette combinaison entre spectacle et tricot, anodine en Autriche, pourrait rappeler en France des événements de sinistre mémoire : sous la Révolution française, pendant la Terreur, on appelait « Tricoteuses » les femmes qui assistaient aux séances de la Convention nationale, ou du Tribunal révolutionnaire, mais aussi aux exécutions capitales, autour de la guillotine, tout en tricotant. (Selon certains historiens, ce serait un mythe créé par la Contre-Révolution au début du XIXe siècle, largement propagé par la presse anglaise, et toujours très vivant dans l’imaginaire collectif.)
Pour être au courant ![]()
1- Leinwand a connu une évolution sémantique similaire à celle de « toile », un mot qui a pris successivement différents sens :
– étoffe robuste, surtout de lin (XIIe siècle)
– support d’une œuvre peinte (début du XVIIe siècle),
puis l’oeuvre, la peinture elle-même,
– rideau d’un théâtre, séparant la scène du public (fin du XVIIe siècle),
– écran de cinéma, surface de projection (fin du XIXe siècle).
Les premiers films étaient projetés sur une grande toile blanche fixée au mur. (1895, la première séance publique payante du cinéma des Frères Lumière à Paris).
Ce « grand écran » est opposé au « petit écran » de la télévision, surnommé « l’étrange lucarne » par Le Canard enchaîné au début des années 1960.
2- La technique du tissage s’est développée sur le modèle de la vannerie et du tressage.
Le tricot, lui, a été inspiré par le modèle des mailles de filets (de pêche, par exemple)
3- En ancien français, une « estrique » était un bâton que l’on passait sur une mesure pour faire tomber le grain excédant, comme on le fait aujourd’hui avec un couteau pour mesurer une « cuillerée rase », par exemple de levure ou de cannelle.
Le verbe allemand « streichen » appartient à la même famille que « estriquier » (dérivé du vieux francique « strikan » = frapper).
L’expression « gestrichen voll » s’utilise encore en cuisine pour désigner une mesure rase (c’est-à-dire le contraire de « bombée »)
L’expression figurée « die Nase gestrichen voll haben » signifie en avoir ras-le-bol, en avoir marre, en avoir soupé… parce que « la mesure est comble » : on n’en supportera pas plus !
4- Aujourd’hui, dans le jargon du cyclisme, on dit qu’un coureur « tricote » lorsqu’il roule avec une fréquence de pédalage élevée – et remue donc rapidement les jambes – parce qu’il reste sur un petit développement.

Rasantes Remis zwischen Sturm und Austria
La rencontre entre les clubs de foot de Graz et de Vienne, respectivement premier et second de la Première division autrichienne, s’est terminée par un match nul : 2 à 2.
Et ce n’était en aucun cas une partie rasante !
Car, « se raser », au sens figuré (1), c’est s’ennuyer, s’embêter « à cent sous l’heure » ou « comme un rat mort » (comme on disait autrefois).
Ce match entre Sturm et Austria n’avait rien d’ennuyeux (du moins pour les amateurs de foot). Pourtant l’adjectif allemand « rasant », employé dans ce contexte au sens de « aufregend, spannend, attraktiv, vient du verbe français « raser » qui, utilisé à l’origine dans le domaine de la balistique, signifie « passer très près (d’une ligne ou d’une surface), frôler qc » : une balle rasante, un tir rasant a une trajectoire presque horizontale. (2)
Emprunté par l’allemand au XVIIIe siècle dans ce sens-là, l’adjectif « rasant » est employé depuis le début du XXe siècle dans les sports de balle comme le foot : ein rasanter Ball ist « flach geschossen ».
Sous l’influence du verbe allemand « rasen », l’adjectif « rasant » a pris le sens courant de « schnell, schnittig », puis – plus récemment – celui de « attraktiv, spannend ».
L’adjectif employé dans le titre « Rasantes Remis » exprime ces deux qualificatifs : c’était un match passionnant, à l’issue pleine de suspense et au rythme trépidant.
C’était pourtant une partie sans gagnant, « ein Remis »… comme on dit en allemand, mais pas en français !
Synonyme de « unentschieden », le mot désigne une partie, un match dans lequel il n’y a pas de vainqueur. Il vient du domaine des échecs où « Remis » est synonyme de « Patt » (le pat en français) : la partie est indécise, la décision est remise à plus tard, à l’occasion d’une nouvelle rencontre.
Ce participe passé du verbe « remettre » (3), bien qu’emprunté au français, n’est pas utilisé comme substantif dans sa langue d’origine. Un match sans vainqueur, comme celui qui a opposé Sturm à Austria est un « match nul ». (4)
Pour être au courant ![]()
1- raser : le sens figuré et familier de « ennuyer, importuner qn par des propos oiseux » est attesté à partir du milieu du XIXe siècle.
– Selon Littré, « raser qn », au sens figuré, c’est « dans l’argot des artistes actuels, contraindre quelqu’un à vous écouter en lui tenant des des discours ennuyeux. »
« La métaphore vient du barbier qui vous tient dans son fauteuil et vous force à entendre ses bavardages pendant qu’il opère ».
– Cette explication est controversée, mais la référence à la barbe est indiscutable. En effet, les adjectifs « rasant » et « rasoir » (substantif employé comme adjectif) sont synonymes de « barbant » et proches des interjections « la barbe ! » ou « quelle barbe ! » qui, tous, dérivent de l’adjectif « rébarbatif » qui signifie
– « revêche, à la mine peu aimable ou peu engageante » lorsqu’il s’agit d’une personne,
– ou « ennuyeux, qui manque d’attrait, peu plaisant » lorsqu’il s’agit d’une chose, par exemple « un sujet rébarbatif ».
A l’origine (fin du XIVe siècle), rébarbatif signifie « au poil hérissé, qui rebute » : il peut qualifier un animal ou un humain.
Il dérive du verbe rebarber qui signifie littéralement « se dresser barbe contre barbe », comme un animal qui hérisse ses poils pour impressionner son ennemi ou son rival), donc s’opposer, repousser.
L’équivalent allemand de « rébarbatif », kratzbürstig, se réfère à la même image, celle d’un humain et d’un animal qu’il vaut mieux ne pas prendre à rebrousse-poil.
2- raser qc ou qn au sens d’effleurer, frôler se retrouve dans les expressions suivantes
– « raser les murs » : marcher le plus près possible du mur en se dissimulant, se protégeant. Se faire humble, passer volontairement inaperçu.
– survoler en rase-mottes : à très basse altitude, littéralement « en frôlant les mottes de terre = in Tiefflug.
3 – Voir l’expression : « ce n’est que partie remise.
L’allemand a emprunté le substantif « Remise » au français au XVIIIe siècle pour désigner un entrepôt, un garage couvert destiné à abriter des véhicules : des carrosses ou des calèches, puis des trains et des tramways à partir du milieu du XIXe siècle.
C’est un sens aujourd’hui vieilli dans les deux langues où une « remise » se définit plutôt comme un abri, un débarras où sont rangés des instruments, des objets divers (Geräteschuppen).
Cependant, à Graz, le terme est toujours utilisé : la GVB remise (abstellen) ses trams dans deux « Remisen » (dans la Steyrergasse et la Eggenberger Straße).
4 – au sens figuré du terme, un match nul – voire » « nul de chez nul » – est sans intérêt et ennuyeux, donc rasoir : miserabel, total schlecht, öde, nichts wert…
le fauteuil : de Dagobert à Louis XVIII
Le tribunal administratif de Nantes a débouté une aide-soignante qui voulait faire annuler sa révocation professionnelle. Elle avait été filmée, dans un EHPAD à Pleuven (Finistère).
« Cette vidéo (…) montre une collègue de Mme XXX pousser à vive allure un fauteuil roulant dans lequel la requérante se trouve assise avec une résidente de l’EHPAD installée sur ses genoux, qui manifeste sa peur et sa désapprobation », précise le tribunal administratif tribunal administratif de Nantes dans son jugement du 7 mars 2025. (article)
Le fauteuil, défini aujourd’hui aujourd’hui comme un siège confortable pour une personne, généralement doté d’un dossier et de « bras » ou « accotoirs » (1) était à l’origine un siège pliant.
Le mot vient en effet du vieux francique faldistôl (littéralement « siège pliant ») qui a donné « Faltstuhl » (de falten plier + Stuhl : siège) en allemand moderne.
Au fil des siècles, « faldistôl » s’est transformé en faldestoed (XIIe siècle) puis faudestueil (XIIIe siècle) et, finalement, fauteuil (1589).
Le mot a, à son tour, été réemprunté par l’allemand au XVIIIe siècle avec son orthographe et sa prononciation (presque) française « Fauteuil » ([foˈtœj] écouter).
L’exemplaire le plus connu du faldistôl du haut Moyen-âge est le trône en bronze dit du « bon roi Dagobert » (illustration). Ce fauteuil de bronze doré, qui est parfois attribué à saint Éloi, orfèvre – et conseiller – du roi de Dagobert, a la même forme que les chaises curules (illustration) des magistrats romains dans l’antiquité.
Comme ces sièges antiques, le « faldistôl » était pliant et son assise était formée de sangles de cuir.
Étant donné que les nobles et les souverains voyageaient beaucoup au Moyen-âge et qu’ils emportaient avec eux leur mobilier d’une demeure à l’autre, la plupart des meubles étaient pliants ou démontables (par ex. les tables étaient composées d’une planche posée sur des tréteaux afin de faciliter leur transport.)
Aucune source fiable ne prouve l’authenticité de ce fauteuil. (3) Cependant il a été utilisé par Napoléon Ier pour distribuer les premières Légions d’honneur en 1804. Selon la légende, l’empereur aurait cassé ce siège vétuste et fragile en s’asseyant dessus.
Son successeur sur le trône, le roi Bourbon Louis XVIII, s’est surnommé lui-même, par autodérision, « le roi fauteuil ».
Lorsqu’il monte sur le trône, à 59 ans, il se déplace déjà difficilement. D’une part, il souffre d’une malformation congénitale des hanches ; d’autre part, à cause de son appétit pantagruélique, il est atteint d’obésité et souffre de la goutte, d’ulcères et de varices.
Il est en outre mal conseillé : son chirurgien, qui est en réalité un ancien moine défroqué, lui-même gros mangeur et gros buveur, est un charlatan.
Très rapidement, le roi ne peut plus marcher et circule assis dans un large fauteuil capitonné de cuir vert, monté sur trois roues (et donc plus facile à manipuler).
Le premier fauteuil roulant autopropulsé de l’histoire a été inventé 160 ans plus tôt : en 1655, Stephen Farfler, un horloger allemand, paraplégique depuis son enfance, a construit un fauteuil fixé sur un châssis à trois roues et qui avançait à l’aide d’une manivelle : c’est le premier fauteuil roulant autopropulsé de l’histoire.
Louis XVIII, lui, n’avait pas besoin d’actionner une manivelle pour faire avancer son fauteuil : il se laissait pousser par un domestique.
Le fauteuil roulant équipé d’un moteur apparaît en 1916 : les mutilés de la Grande Guerre (1914-18) en sont les premiers bénéficiaires.
Pour être au courant ![]()
1- On confond souvent les accoudoirs avec les accotoirs.
– Quand on est assis dans un fauteuil, on appuie ses avant-bras, de chaque côté, sur les accotoirs.
– Un accoudoir, par contre, est destiné s’appuyer les coudes (ou plus exactement les avant-bras) vers l’avant lorsqu’on est debout ou agenouillé, par ex. sur un prie-Dieu (illustration).
2- Dagobert 1er : arrière-arrière-petit-fils de Clovis, ce souverain mérovingien a régné sur le royaume des Francs de 629 à 639. Il est connu comme l’un des « rois fainéants » (littéralement Nichtstuer) et a été ridiculisé dans la chanson « Le bon roi Dagobert » où il se fait constamment rappeler à l’ordre par son conseiller saint Eloi, évêque de Noyon.
Cette chanson est largement postérieure à l’époque mérovingienne, puisqu’elle a été écrite vers 1787 pour se moquer de Louis XVI (la comptine du « Bon roi Dagobert »).
3- Le « trône de Dagobert » est conservé à la Bibliothèque nationale de France, au département des Monnaies, Médailles et Antiques.
les dents du bonheur
Le 20 mars, c’est la Journée internationale du bonheur. C’est en général (1) aussi l’équinoxe et le début du printemps.
A propos de bonheur, savez-vous d’où vient l’expression « avoir les dents du bonheur » et ce qu’elle a à voir avec Napoléon 1er ?
Le terme scientifique utilisé en odontologie (2) pour désigner « les dents du bonheur » est le diastème. Il vient du grec diastêma, qui signifie intervalle, et désigne un écartement – plus ou moins grand – entre deux dents normalement adjacentes, en particulier les deux incisives supérieures.
De nombreuses personnalités ont un diastème : c’est le cas d’Emmanuel Macron, Arnold Schwarzenegger, Elton John, Vanessa Paradis ou Madonna. (3)
Et Napoléon ? Eh bien, non ! L’empereur avait une dentition « normale » et pas « les dents du bonheur ». Pourtant, il existe un rapport entre Napoléon et cet écartement des dents.
A l’époque des guerres napoléoniennes (donc au début du XIXe siècle), le diastème était une cause de réforme. Lorsqu’ils rechargeaient leur fusil, les soldats devaient le tenir à deux mains et, en même temps, déchirer les sacs de papier qui contenaient la poudre pour les cartouches … avec les dents.
Ceux qui avaient les dents écartées étaient réformés, car inaptes à cette tâche. Quel bonheur pour ceux qui pouvaient échapper à la conscription… et aux horreurs de la guerre !
En allemand, l’expression « dents du bonheur » se traduit par « Schneidezahnlücke » ou, en termes médicaux, par « Trema » (du grec trēma = Loch) et « Diastema mediale » : dans ce cas, il s’agit plus spécifiquement de l’écartement entre les incisives (diastème interincisif), le plus souvent de la mâchoire supérieure.
Je n’ai pas trouvé d’expression figurée – aussi expressive que « dents du bonheur » – qui en serait l’équivalent.
Pour être au courant ![]()
1- La date de l’équinoxe de printemps varie entre le 19 et le 21 mars. Cela est dû au fait que la Terre met 365,26 jours pour tourner autour du soleil. Depuis 2008, l’équinoxe a lieu le 20 mars, et ce sera la règle jusqu’en 2043. (lien)
2- Définition de l’odontologie (mot formé de « odóntos » (dent) et « logía » (science) : discipline consacrée à l’étude des dents, de leur pathologie, de la thérapeutique appropriée; mise en œuvre de celle-ci. Un odontologue est un dentiste spécialisé (en orthodontie, endodontie, parodontie, chirurgie buccale, odontopédiatrie, esthétique dentaire…)
3- Cette caractéristique était également présente chez Ötzi – appelé aussi der Mann vom Hauslabjoch ou l’homme de Similaun – qui a été retrouvé momifié dans un glacier à la frontière franco-italienne en 1991, et dont l’âge est estimé à 5250 ans.
4- Eine Zahnlücke steht für Glück – Alors qu’en Europe le diastème est le plus souvent considéré comme un problème d’orthodontie, un écartement de 2 à 4 millimètres entre les incisives supérieures est vu en Afrique noire occidentale comme esthétique, séduisant, et comme une promesse de bonheur et de prospérité. (article)
Woher kommt das Wort « Klobrille »?
Savez-vous pourquoi le siège des toilettes s’appelle « Klobrille » en allemand ? Le mot a bel et bien un rapport avec les lunettes.
Rappelons d’abord que, jusqu’au XVIe siècle, cet instrument d’optique binoculaire à monture et à deux branches que nous « chaussons » aujourd’hui ne s’appelait pas « lunettes », mais « besicles » (et « bésicles » depuis la dernière grande réforme orthographique).
Ce terme rappelle les débuts de l’histoire de l’optique : dans l’Antiquité et au haut Moyen-âge, on connaissait déjà l’usage de la « pierre de lune », une loupe grossissante qu’on posait directement sur le texte écrit. Avant d’être confectionnée en verre à partir du IXe siècle, elle était taillée dans une pierre semi-précieuse, le béryl, (« beril » en ancien français) ou en cristal de roche. « Beril » a donné « bericle » puis « besicle » par assibilation (1).
Alors que le mot bésicles est aujourd’hui vieilli ou utilisé seulement de façon ironique, le terme Brille – lui aussi directement dérivé de Beryll – désigne toujours les lunettes en allemand moderne, mais s’utilise au singulier.
Le mot « lunette » est bien le diminutif de lune mais, à l’origine, il ne désigne pas un instrument d’optique : ni les lunettes (Brille), ni la lunette (Fernrohr). Attesté dès le XIIe siècle en français, il définit un objet de forme ronde, par exemple le cercle de métal entourant une plaque brillante (d’abord en métal puis en verre) qui sert de miroir.
C’est par analogie de forme que « lunette » désigne ensuite l’ouverture ronde de la chaise percée, puis le siège – parfois relevable – des « cabinets d’aisances » d’autrefois, tout comme celui des WC modernes (2). Le terme Klobrille est un calque du français « lunette », adopté au XVIIe siècle.
Selon une autre explication (plus controversée), le siège du WC s’appelle ainsi, parce que, en argot, « lune » ou « pleine lune » est synonyme de postérieur, derrière, fesses.
A propos de lunettes… : « Mit dem Glück geht es wie mit der Brille: / Man hat sie auf der Nase und weiß es nicht. »
Cet aphorisme allemand a été adopté et adapté par l’écrivain André Maurois (1885-1967) : « Le plus souvent, on cherche le bonheur comme on cherche ses lunettes, quand on les a sur le nez. »
A l’inverse, il arrive que – par une sorte de réflexe – on essaie d’enlever ses lunettes… alors qu’on n’en porte pas ! (Vidéo : le sénateur américain Orrin Hatch enlève ses lunettes invisibles…)
Cela se produit parfois quand on est « dans la lune », c’est-à-dire distrait.
L’influence – supposée – de la lune sur l’humeur des humains a laissé des traces dans le lexique, en français comme en allemand : l’humeur = die Laune ; être d’humeur changeante = launisch sein ; être lunatique = launenhaft sein ; être bien ou mal luné/e = gut oder schlecht gelaunt sein.
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1- transformation de « bericle » en « besicle » par assibilation (Assibilierung oder Zetazismus) : la consonne occlusive, en l’occurrence le [r], s’est transformée en sifflante [z].
« Assibilation » vient du verbe latin « sibilare » (siffler).
2 – Dans un domaine tout à fait différent, et à partir du début du XXe siècle, la lunette correspond à la vitre arrière d’une voiture : en effet, sur de nombreux anciens modèles de véhicules, cette vitre était nettement plus petite qu’aujourd’hui et possédait une forme arrondie – ou parfois ovale -, d’où son nom. En 150 ans, sa forme a bien changé, mais le nom est resté.